Grand Paradise: sea, sex and sun in the 70’s à Brooklyn

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Envolez-vous pour un séjour à Grand Paradise, une station balnéaire tropicale où vous pourrez laisser libre cours à vos désirs. Le dernier né des théâtres intéractifs sent bon le sable chaud et les soirées torrides d’été.

Nouveau projet de la société de production Third Rail Projects à qui nous devons le très réussi Then She Fell (nous aurons l’occasion de vous en reparler), Grand Paradise prend un tour complètement différent. Le spectacle ne s’inspire pas d’une oeuvre pré-existante et délaisse l’époque Victorienne pour s’intéresser à une période beaucoup plus récente, la Californie hédoniste de la fin des années 70.

A l’arrivée dans le hangar de Bushwick où la production a élu domicile, des hôtesses en uniforme bleu nous remettent notre carte d’embarquement et nous invitent à boire un verre ou à consulter les magazines – d’époque évidemment – en attendant le départ de l’avion pour The Grand Paradise, une résidence de vacances qui, selon la légende, abriterait la fontaine de jouvence. Nous “débarquons”, collier de fleurs autour du cou, dans un patio bordé par les bungalows des vacanciers perchés sur pilotis – n’essayez pas de grimper sur les pots de fleurs pour y accéder, c’est interdit. Les décors, tout en ayant le soin du détail, ne suscitent pas la tentation inutile d’ouvrir tous les tiroirs ou lire des lettres déchirées – ceux qui ont assisté à Sleep No More sauront de quoi je parle – mais installent à propos l’ambiance pesante et langoureuse des tropiques. Rajoutez à cela la musique et la lumière, et vous perdrez peu à peu la notion du temps et du lieu. La troupe réussit aussi la gageure de laisser au spectateur une impression de liberté (qui n’a pas lieu dans Then She Fell) tout en contrôlant ses mouvements.

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Nous déambulons donc dans cet espace sans trop savoir à quoi s’attendre. Petit moment de flottement au début de la performance – heureusement le seul. C’est alors qu’arrive une famille de 5 personnes avec leurs valises pleines de frustrations et de désirs non assouvis. Ce seront eux les protagonistes de cette histoire. Le père et la mère traversent tous deux la crise de la quarantaine, qui l’amène, lui, à succomber au chant de la sirène et, elle, à retrouver sa jeunesse auprès d’un jeune éphèbe. Leur première fille, qui arrive en couple, va remettre son choix de vie rangée en question alors que leur gendre laissera libre cours à son attirance homosexuelle. Enfin la petite dernière, tout juste sortie de l’adolescence, va vivre son éveil sexuel. En échangeant à la fin du spectacle, nous nous rendons compte que les comédiens ont subtilement amenés les hommes à suivre l’histoire du mari et du gendre, et les femmes celle de la mère et de la fille, comme pour encourager au mieux le processus d’identification. Et vous, laisserez-vous aussi s’exprimer vos désirs enfouis?

Mais le coeur de la pièce n’est pas tant dans ce qui arrive à cette famille, que dans les moments intimes que vous passerez avec les autres personnages. Les occasions d’expériences personnelles sont nombreuses et, selon votre parcours, vous pourrez profiter d’un massage par un garçon de cabine, apprendre à faire des noeuds dans une cabane de surfeur, voler des vêtements dans un bungalow, faire une bataille de polochons, être enfermé dans un cercueil… Des moments propices à des monologues existentiels sur le temps qui passe, l’identité, l’amour, le désir et sa poursuite infinie. Finalement, ne possédons nous pas déjà ce après quoi nous courrons? Pour conclure par la prise de conscience que ce moment hors réalité où chacun peut s’abandonner à ses désirs sans se soucier de ses autres engagements ne peut durer qu’un temps (“None of this is real” vous répétera-t-on). The Grand Paradise n’est pas qu’un voyage dans un autre temps et un autre lieu. Ce n’est pas (que) un show sulfureux. C’est une invitation à une réflexion introspective sur ce que nous voulons et ce que nous choisissions d’être qui se poursuivra bien après avoir quitté les lieux.

The Grand Paradise – Third Rail Projects – 383 Troutman Street, Brooklyn – Du jeudi au Dimanche à 19h et 22h30 – Tarif: $60 étudiant, $110-135 general admission – boxoffice@thegrandparadise.com – 718 374 5196 – Jusqu’au 4 septembre 2016

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